La perle et l’enfant – Paul Beorn

La perle et l'enfant

Chronique initialement publiée le 4 décembre 2010 sur mon ancien blog

L’aventure était tentante. L’envie de passer un bon moment de lecture, de se laisser porter par une histoire des plus sympathiques était là, alors, une fois la quatrième de couverture lue, je me suis lancée.

Où ais-je atterris? Au cœur d’un Royaume en Guerre. Une Guerre civile, dont chaque lopin de terre porte les stigmates, mais également lointaine, absurde, matérialisée par l’absence. L’absence de richesses, l’absence de membres du Bailli dans les villes, et surtout, l’absence d’hommes fiers, fiables, sains.

La guerre a comme atteint tous les cœurs. Rongés, machos, fort peu prompts à l’entraide, racistes, vulgaires, friands de blagues et allusions potaches, aisément malléables, étant prêts pour nombre d’entre eux à abandonner ce qu’ils possèdent de plus cher, à abandonner leur âme, pour la richesse et le pouvoir, les Hommes se montrent ici sous un fort piètre jour, avilis, et sous peu pourris de l’intérieur. Ils en sont réduits à leurs plus bas instincts et ne réclament que sexe, argent et pouvoir, dans ce Royaume qui, en raison d’une guerre inepte, ne peut plus leur offrir matière à rêver autre chose.

Oh, évidemment, quelques âmes simples et loyales persistent. C’est le cas de Jehanne, tout juste promue Lieutenante au sein du Bailli qui recrute désormais des femmes – au grand dam de nombreux bien-pensants qui se contentent de se gausser d’elles et de les lorgner d’un regard lubrique-. Jehanne possède un esprit simple, pleine de bonne volonté, sans être bête ni naïve pour autant. Elle fait partie de ceux qui fonctionnent avec leurs cœurs, pour ce qu’ils croient être justes, l’amour propre dans les chaussettes et n’étant ni particulièrement courageuse, ni peureuse, ni prompte à se rabaisser, ni revancharde pour elle-même. Elle possède une sorte d’enthousiasme juvénile qui pourrait être éclatant s’il avait l’occasion de se développer dans un milieu l’encourageant.

Un bébé qu’elle récupérera au bord d’une route, dure responsabilité, ainsi que ses discussions avec « La Perle » l’amèneront à évoluer, à devenir plus volontaire, à prendre confiance en elle.

L’auteur, Paul Beorn, réussit là un bon portrait de femme, traduite dans toute sa complexité et ses contradictions. C’est assez rare qu’un homme choisisse une femme pour héroïne et ne passe pas à côté pour mériter d’être souligné. On peut presque qualifier ce roman de féministe. Ne vous méprenez pas, je n’entends pas ici par « féministe » ces femmes couillues, ces créatures hybrides que l’on pourrait qualifier d’hommes avec une poitrine, débordant d’une libido obscène quand elles ne sont pas entrain d’en trancher par grappes de dix avec leurs énormes épées. Non, il s’agit de quelque chose de bien plus subtil. Jehanne est une jeune vierge, un brin prude, mais pas plus qu’un brin. Elle n’est pas forte au maniement de sabre, mais possède des talents d’acrobate qui lui seront forts utiles. Elle est mère devant un enfant, et ne nie pas éprouver durant un passage de l’attirance envers un homme. Cependant, elle possède un sens du devoir, ne fuit pas devant le danger, sait faire preuve de sang froid en cas de danger, est prête à se battre pour sauver autrui et possède quelque autorité quand il s’agit de mener des hommes : elle est FAITE pour être lieutenante.

Voilà ce que j’appelle du féminisme, décrire une jeune femme non pas comme semblable à l’homme, mais comme telle, avec sa fragilité, sa réserve mais également sa force et ses choix, preuves d’un caractère bien trempé, d’une capacité de résistance peu commune.

Outre Jehanne, Baba le bébé recueilli au bord de la route et La Perle, mystérieuse voix sortie d’une perle, s’adressant à Jehanne lorsqu’elle la porte à son oreille, le lecteur s’attache peu aux personnages secondaires, en raison de leurs natures exécrables pour la plupart d’entre eux. Cependant, ils sont toujours vraisemblables, jusque dans leur parler, mélange d’ancien et de nouveau français, plus ou moins châtié suivant les régions, qui déroute de prime abord mais qui a le don de rendre le récit plus imagé, de nous faire entrer plus avant dans l’atmosphère. Vraisemblable l’est également l’intrigue, qui tient debout et traîne sont lot de mystères, nous entraînant même au cœur d’un certain surréalisme durant quelques temps. Le lecteur se laisse assez facilement entraîner dans le récit. Cependant, si l’on nous évite les super-magies à boules de feu, les cartes du pays, que le récit prend place bien loin de la guerre, dans un trou perdu, une voie sans issue pour ainsi dire, avec aux commandes un personnage principal qui n’est à priori l’Élu de rien, on ne peut pas non plus dire que l’histoire soit des plus originales et qu’elle nous tire mille larmes et hoquets de stupeur.
Mais, attention, il s’agit d’un diptyque, et j’imagine que la suite directe, Le hussard amoureux, a quelques surprises à nous réserver.

En résumé, La perle et l’enfant est un bon premier roman qui se lit vite et bien, servi par un bon personnage principal féminin et une intrigue qui, bien que n’étant pas des plus originales, ne donne pas dans les clichés de la fantasy. Le lecteur passe un bon moment et a envie de lire la suite.

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