Port d’Âmes – Lionel Davoust

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Rhuys ap Kaledán est un héritier déchu.

Tout juste libéré de la servitude et des galères, il rejoint la cité franche d’Aniagrad, où tout se vend et tout s’achète, pour reconquérir l’honneur de sa famille. L’occasion lui en est rapidement donnée : Edelcar Menziel, un ancien ami de son père, lui propose de travailler sur la conversion dranique, un procédé perdu depuis des siècles qui permettrait de réaliser des machines magiques. Résolu à tracer son chemin dans la haute société de la ville, le jeune homme s’investit de tout son cœur dans le projet.

Rhuys est un jeune noble condamné à vivre huit années comme simple marin alors qu’il n’a que 14 ans. Enfin libre, il débarque à Aniagrad, orphelin et idéaliste, sans avoir été formé aux rouages du pouvoir, n’appartenant à aucun monde et bien décidé à reprendre son dû.

Aniagrad est une cité franche indépendante sur laquelle règnent les tout puissant Administrateurs. Les contrats ne sauraient être transgressés car ces Administrateurs, que l’on peut quasiment qualifier d’omniscients, se souviennent de tout et sont garants de la liberté et l’indépendance de la cité, tant qu’elles vont dans leur sens bien entendu. Très peu de règles encadrent la vie à Aniagrad mais les enfreindre peut vous voir devenir la cible d’une vindicte sans nom.

Durant ce roman long de 540 pages en grand format, publié aux Éditions Critic, Rhuys va voir son idéalisme enfantin se confronter rudement aux réalités du monde des affaires et aux lois d’Aniagrad, cette cité/personnage au système politique et économique approfondi qu’il va arpenter en tous sens et apprendre à connaître, parfois à ses dépends. Personnage principal jeune, à peine sorti de l’adolescence, ses décisions parfois promptes et irréfléchies, son obstination butée à la manière d’un jeune chien fou peuvent tendre à sensiblement irriter le lecteur.

Mais, d’une part, 540 pages laissent largement le temps à un personnage de grandir, de gagner en maturité et d’apprendre en étant au contact à la fois des plus démunis et des plus favorisés de cette cité. D’apprendre, car non, Lionel Davoust ne nous invite pas à suivre le parcours d’un jeune homme qui manque d’intelligence, loin de là. Et s’il peut agacer par moments, cela rend son évolution d’autant plus intéressante.

D’autre part Port d’Âmes surprend. Il surprend car, au cœur d’un roman d’aventures bien écrit et bien construit avec son lot de rebondissements inattendus, se cache un autre roman, intimiste, poétique et d’une subtile mélancolie qui veille à ne pas sombrer dans le pathos et qui dévoile la sensibilité et l’humanité de l’auteur. Un roman sur ce qui nous empli et nous fait vibrer, sur la beauté de ce que l’on ne peut ni posséder ni saisir, la beauté de la solitude et parfois de la souffrance. Et au fil des pages on se rend compte que, peut-être, le roman que l’on lit n’est pas celui que l’on croyait lire. Que l’essentiel est ailleurs.

Mais je vous en révèle déjà trop…

En résumé :

  • Une cité au fonctionnement intriguant, avec un cadre politique et économique approfondi et vraisemblable
  • Un roman intimiste, émouvant et tragique
  • Un univers (celui d’Evanégyre) que je retrouverai avec enthousiasme en lisant à l’occasion La Volonté du Dragon et La Route de la Conquête du même auteur !

Je vous laisse avec les premières pages…

Port d’Âmes, Lionel Davoust, Éditions Critic, 540 p., 23 €, ISBN : 979-109064850-0
Couverture illustrée par François Baranger
Également disponible sous format poche

 

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