L’autre côté – Léo Henry

L'autre côté

Une mystérieuse épidémie condamne la cité-Etat de Kok Tepa à l’isolement et à l’autarcie. Seuls les Moines, gardiens des traditions et détenteurs du secret de l’immortalité, en sont préservés grâce à un sérum qui les protège de la maladie. Les autres castes, elles, sont touchées de plein fouet. Rostam est passeur. Il planifie la fuite des familles qui refusent la mort et espèrent rejoindre l’Outre-Mer pour y être soignées.
Mais un jour, la fille de Rostam, Türabeg, contracte la terrible infection. Le passeur risquera tout pour la sauver, jusqu’à suivre à son tour les chemins de la migration. Il découvrira alors l’envers cauchemardesque de la brillante Kok Tepa. Un roman poignant sur l’exil et le déracinement, sur l’amour infini d’un père prêt à briser les règles et braver tous les obstacles.

L’autre côté est un roman court de l’auteur Léo Henry, dont j’ai déjà eu le plaisir de lire plusieurs œuvres.

Ici, sous couvert d’une société au fonctionnement opaque, l’auteur traite du déracinement, de la perte de soi, de ses habitudes, de sa culture, des valeurs auxquelles nous tenons, des petits objets de notre quotidien, de tout ce qui nous est cher jusqu’à n’être plus que survie, et parfois-même moins que survie. De la façon dont on se pare d’une nouvelle vie qui n’est pas la nôtre, pour un temps indéterminé, parce qu’on a échoué là, jusqu’à ce qu’un déclic inconnu nous pousse à reprendre la route. De la nécessité, in fine, de poursuivre cette route jusqu’au bout du chemin, sans savoir ce qui nous attend, sans appréhender la réalité d’un but qui parfois n’est que chimère. Parce que risquer la mort vaut parfois mieux que l’immobilité, le statut quo, l’entre deux.

Et s’il y a un mince parallèle que je puis établir entre L’autre côté, le roman court La Panse et le recueil de nouvelles Point du Jour du même auteur, c’est cette nécessité du mouvement, de la déambulation de nombre de ses personnages qui n’appartiennent aux lieux visités que pour un temps. Qui s’imprègnent, volontairement ou non, avant de repartir.

La réalité brutale de l’exil, qui a été et est actuellement celle d’un bien trop grand nombre de nos contemporains, Léo Henry a choisi de la traiter au sein d’une société hors de notre monde, sans doute pour parvenir à plus d’universalité dans le traitement de l’exil et du malheur, qui ne se se soucie ni de notre apparence, ni de notre culture, ni de notre niveau social lorsqu’il nous réduit à la survie la plus élémentaire.

L’autre côté nous parle de violence, physique parfois mais surtout morale : la violence de classe, de la chute, de la pauvreté, de l’exil. Mais aussi la violence polie des privilégiés, parfois proches, qui revêtent ce masque de compassion impuissant et un peu froid, un peu lointain. Ce masque qui nous fait dévisager frères et sœurs comme autant d’inconnus quand le malheur, la maladie, la pauvreté nous frappe. Et l’autre peut nous apparaître comme étant presque d’une autre espèce tant le drame crée parfois un gouffre entre notre intimité, notre réalité, notre perception du monde et la sienne. Entre celui qui a tout, ne risque rien, et celui qui est sur le point de tout perdre, qu’il se plie et accepte ou qu’ils se démène et lutte contre l’inacceptable, l’insupportable.

Le titre a donc été particulièrement bien choisi et offre même une certaine grille de lecture… Être d’un côté ou de l’autre d’une frontière géographique, sociale ou du malheur.

Contrairement à ce que pourrait laisser craindre la 4ème de couverture, un peu trop pleine d’héroïsme larmoyant à mon goût, l’auteur sait en quelques mots habiles nous dépeindre toute l’horreur d’une situation. Il le fait avec subtilité, sans que cela ne sombre dans le piège du pathos ou de la surenchère. Il a la maîtrise du détail, de l’émotion, et laisse une très grande place à ce qui est écrit entre les lignes. Je me hasarde même à penser que le hors-champ, le non-dit, la part laissée à l’imaginaire du lecteur est ici tout aussi importante que ce qui est écrit (avec talent).

Néanmoins, je suis une lectrice rarement satisfaite du format roman court ou novella, format qui oblige tout de même à développer un univers et des personnages plus qu’une nouvelle mais nous laisse finalement assez peu barboter dedans, surtout lorsqu’il s’agit d’un univers inventé qui ne préexiste pas déjà dans d’autres œuvres. Avec L’autre côté, je reste donc partiellement frustrée du peu de réponses apportées sur un monde assez mystérieux et fascinant qui est parvenu à bien m’accrocher et m’intriguer, tout en comprenant que là n’est pas le propos de cette histoire et que l’intensité du récit en pâtirait sans doute. Peut-être l’auteur souhaitera-t-il y revenir un jour pour rajouter quelques pièces au puzzle, peut-être que non, en tout cas s’il le faisait je serais du nombre des enthousiastes.

En résumé :

  • Une oeuvre hors du temps et universelle
  • Un univers fascinant et intriguant
  • Un récit subtil et maîtrisé

Je vous laisse avec les premières pages du livre.

L’autre côté, Léo Henry, Éditions Rivages, 119p., 15€, ISBN : 978-2-7436-4616-5

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