Parfois je… une vie de chat

Bonjour bonsoir, ce soir je prends le temps d’écrire quelque chose d’un peu plus perso que d’habitude. C’est un soir un peu étrange, parce que ce matin j’ai appris qu’un de mes deux chats avait un cancer dans l’iris de son œil gauche. Traduisons par : une des deux Merveilles du Monde a un cancer dans un des deux plus jolis et précieux yeux gauches qui n’aient jamais existé de toute l’Histoire. Vous pouvez prendre votre TARDIS pour vérifier, je ne vous raconte pas des craques. Et mardi, ma Chouquette n’aura plus son œil gauche. En espérant que cette saloperie n’ait pas déjà atteint ses merveilleux poumons ou son parfait petite foie.

Mais là, ce soir, je suis sur la terrasse, avec vue sur les champs et la forêt. Il fait très bon, la minette mange ses croquettes et j’ai l’autre toute ronronnante sur les genoux. J’entends les oiseaux, il y a un vent doux et agréable. Un peu trop de bruits de civilisation en arrière plan mais on fait avec. Une soirée donc presque parfaite et loin d’être parfaite, dans un mois d’août plutôt étrange, loin d’être ce que j’imaginais qu’il serait et loin d’être parfait.

J’étais supposée avoir un petit boulot, un mi-temps vers ma campagne pour l’été, me permettant de faire quelques économies en restant chez mes parents et me donnant le temps de lire, de travailler sur des chroniques et des musiques, de m’occuper quotidiennement de mon jardin et de profiter de la nature ainsi que de mes perfections félines (oui, je suis une vieille fille à chats, et c’est super en fait). Mais c’est tombé à l’eau. Et, dans l’urgence, j’ai trouvé un emploi « stable », un « vrai » boulot qui a débuté il y a désormais 4 semaines en ville, à plus d’une heure d’ici.

J’ai passé fin juillet et début août à chercher un appartement, maintenant je déménage en pointillés. Mes semaines sont donc citadines et occupées à mon nouvel emploi, de la paperasse, des réceptions de cartons, la rédaction de mails de plainte quant à l’état desdits cartons et des affaires qu’ils contenaient, des coups de fil pour l’électricité, le gaz, les aides, bref, du fun. Mes weekends sont quant à eux occupés à rattraper mon retard sur l’entretien du potager, sacrément attaqué par l’oïdium, à des trajets chez le vétérinaire et à des séjours dans le grenier, pour dénicher ce qui pourrait bien rendre mon quotidien en semaine plus agréable et m’éviter quelques achats. Weekends durant lesquels je n’ai en vérité qu’une envie : profiter de mes merveilles et de la nature.

Nature très présente dans deux lectures marquantes de cet été : Le Dieu dans l’Ombre de Megan Lindholm et les deux premiers tomes du Cycle de Syffe par Patrick K. Dewdney. Lectures au diapason de mon état d’esprit, de mon envie de reconnexion avec le réel, ce qui nous entoure, ce qui vit. Et qui m’ont amenée à un cruel constat : je ne suis pas à l’écoute de ce qui m’entoure et j’ai beaucoup de difficultés à l’être et j’ai besoin de l’être. On perçoit rarement consciemment avec ses 5 sens.

Durant les plus parfaites des soirées du mois de juillet, je m’asseyais seule dans le champ, éclairée par les étoiles, à appeler ma Chouquette et savoir qu’elle allait finir par venir de son petit pas enthousiaste, me gratifier de quelques câlins, faire le tour de ma personne en se cognant à moi au passage (elle ne se frotte pas contre moi, elle me cogne de toute sa passion de petit chat mignon) puis s’asseoir à mes côtés et écouter le monde. Et j’essayais d’écouter moi-aussi, je fermais les yeux, somnolant à demi mais pour constater que c’était merveilleux et que je n’y comprenais rien. Que je n’en faisais finalement pas « partie ». Des bruits d’insectes : criquets ? sauterelles ? quoi ?, des feuillages qui remuent : mulot ? oiseau qui remue dans son nid ? quoi ? Je me suis aperçue que j’avais du mal rester concentrée sur ce qui m’entourait. Que les 9/10è du temps j’étais en moi, dans mes pensées, dans ma tête, sans réellement prêter garde. Et que quand j’essayais, je ne comprenais rien. Que j’étais ignorante du monde réel qui m’entoure. Et qu’au quotidien, j’étais tout simplement trop occupée à penser aux mille choses à faire et enfermée dans ma bulle pour percevoir quoi que ce soit. Alors que les personnages de Patrick Dewdney et de Megan Lindholm semblaient, eux, capables de vivre de réels moments d’harmonie tels que je les appelle dans mes vœux les plus chers.

Une envie folle de vivre en autonomie, au rythme de la nature et des saisons, m’a agrippée par le ventre. Une envie d’apprendre, de comprendre, d’être capable de me débrouiller au maximum sans les artifices de la civilisation. Et je me suis dit qu’on s’était vraiment trompés, en tant qu’espèce, sur le sens du bonheur. Nous pensons qu’avec un travail, un salaire, un logement, nous sommes autonomes. Autonomes parce qu’on peut faire ses courses tout seul… Mais si on nous lâche Into the Wild, on est morts. Alors bien entendu, le progrès dans une certaine mesure et dans certains domaines, la médecine, les vétérinaires tout ça c’est chouette. Mais je veux croire qu’une certaine forme de progrès et la vie en rapport plus étroit avec le vivant qui nous entoure ne s’excluent pas l’un l’autre.

Il y a une petite dizaine d’années, la jeune adulte que j’étais ne rêvait que de grandes villes. Rien n’était assez animé ni peuplé ni « vivant » pour moi. Je voulais engloutir des mégapoles et je hurlais de terreur face à la guêpe qui souhaitait picorer dans mon assiette. Puis il y a un an encore je voulais la ville de taille moyenne. Assez grande et attractive pour héberger des gens très divers et permettre de nombreuses activités culturelles, mais assez petite pour pouvoir se déplacer aisément à pieds ou en transports sans que ça prenne des heures. Pour moi la vie maintenant, elle est dans ce qui m’entoure et que je ne comprends pas, dans mes courges de toutes sortes que je regarde pousser, dans les mures sauvages que je vais cueillir, dans ce qui n’est pas humain. On change, parfois radicalement, mais on porte finalement en germe ces changements. En fantasy et aussi dans certaines œuvres de SF, il y a régulièrement des passages durant lesquels les protagonistes, éloignés de toute civilisation, doivent se débrouiller. C’est rarement très agréable ou facile mais j’ai toujours aimé ces passages et, en tant que lectrice, j’ai de grandes facilités à m’y projeter, m’y immerger. Sans doute que j’avais quelque part déjà cette envie en moi, bien cachée, d’être plus proche de ce qui m’entoure, de vivre à un rythme plus lent, plus solitaire aussi ? Peut-être que, presque débarrassée de l’envie d’exister aux yeux des autres, je commence finalement à me trouver moi-même.

En tout cas, aujourd’hui j’ai décidé de passer un peu plus de temps avec mon petit amour sur pattes malade. Je me suis assise à côté d’elle dans le champ un bon moment, à l’observer, essayer de m’imaginer ce qu’elle pouvait voir ou percevoir. Puis, plus tard, je l’ai à nouveau rejoint près de sa cachette et me suis assise, elle m’a rejoint, on a fait des câlinous puis elle s’est installée à côté de moi. On est restées comme ça, à ne rien faire, bien plus d’une heure. Pas de téléphone, pas de livre, juste mon chat et moi.

Ma Chouquette qui se repose, qui fait la belle, qui fait sa toilette, qui d’un coup se redresse parce qu’elle a entendu un truc, qui me regarde. Et j’aurais donné très cher pour que son œil gauche soit comme il a toujours été, sans cette vilaine tache et cette masse dans l’iris qui la gêne. Je donnerais très cher pour qu’elle me regarde à nouveau avec l’un des plus beaux regards de l’Histoire. Et je me suis dit que ce serait intéressant et sans doute agréable pour elle (elle cherche beaucoup ma présence) de passer une journée avec elle, à son rythme, à essayer de la suivre, de comprendre ce qu’elle fait même si je ne percevrai jamais les choses de la même façon, parce que ben… j’suis pas un chat. Mais le temps à prendre pour partager ces moments avec un être vivant que j’aime, je ne sais pas où je vais le trouver.

Sur ce, je m’en retourne au bruit des criquets et aux cliquetis de trucs que j’sais pas ce que c’est mais qui de toute évidence habitent dans le champ derrière chez moi. Y’a des vaches qui font « meuh », des moutons qui bêlent et un chien qui aboie au loin aussi. Ah, et un hérisson qui vient boire l’eau des chats.

2 commentaires sur “Parfois je… une vie de chat

Ajouter un commentaire

    1. Merci beaucoup ! L’opération s’est bien passée et ses résultats sanguins sont bons. C’est un peu galère avec la collerette et son œil en moins elle est très désorientée et il faut s’en occuper comme d’un bébé, elle veut beaucoup être portée, il faut la mettre dans sa litière, la mettre devant ses gamelles sinon elle ne pense pas à manger. Mais elle reprend des forces !

      J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :