Martiens, Go Home! – Fredric Brown

martiens, go home!

Luke Devereaux est écrivain. Un écrivain en mal d’invention. Il s’est pourtant enfermé dans une cabane en plein désert, à cent cinquante miles de Los Angeles, mais rien ne vient. Aussi, en désespoir de cause, va-t-il se résoudre à raconter la nième histoire de Martiens quand apparaît… un Martien, précisément : un petit homme vert goguenard, mal embouché, et d’une familiarité répugnante. Et qui, de plus, voit à travers les murs. Malheureusement, ce n’est pas un seul Martien qui s’est égaré sur la terre, mais un milliard d’entre eux qui l’ont envahie. Et tous hâbleurs, ne respectant rien ni personne, révélant les secrets et clamant partout la vérité. Mais que peut-il advenir quand tout mensonge s’avère impossible ? Et, au vrai, que veulent donc ces Martiens exaspérants ? Et surtout, comment s’en débarrasser s’ils ne craignent rien, ni balle, ni homme ?

Fredric Brown était un auteur de nouvelles et de romans surtout connu en France pour son travail en science-fiction et sa plume satyrique avec des recueils comme Fantômes et Farfafouilles et Une étoile m’a dit ou encore le roman L’Univers en folie, qui trônent tous d’ailleurs dans ma PàL. L’essentiel de ses textes de science-fiction ont été écrits dans les années 1950, et le roman Martiens, Go Home!, dont je vais vous parler aujourd’hui et que j’ai lu dans le cadre du challenge S4F3 date de 1955.

Contextualisons !

Le 26 mars 1964, l’auteur de science-fiction Luke Devereaux cherche une nouvelle idée de roman. Cela fait quelques jours déjà qu’il s’est isolé dans la cabane prêtée par un ami écrivain, en plein désert. L’avance octroyée par son éditeur en vue de sa prochaine publication commence à très sérieusement se réduire. Mais rien, pas le moindre début d’inspiration !

Quand soudain… On frappe à sa porte. Un petit homme vert, un Martien, débarque, malpoli, et commence à mettre sérieusement le bordel dans la vie de Luke. Tout comme un milliard d’autres Martiens vont mettre sans dessus dessous vies privées et gouvernements. Intouchables, dotés de parole, vulgaires et pervers, leur but semble être de rendre folle l’intégralité de l’humanité.

Le narrateur, qui ne manque pas d’humour et interpelle régulièrement le lecteur, nous fera passer de la cabane de Luke au bureau du président des Etats-Unis ou au sous-sol d’un marginal, afin de nous conter cette drôle d’histoire. Mais s’il digresse parfois pour nous donner des éléments de l’intrigue auxquels n’a pas accès Luke, cet auteur est bien le personnage principal du roman et le sujet de la plupart des chapitres.

 

Luke alla ouvrir et regarda dehors au clair de lune. Il ne vit rien. Il regarda ensuite à ses pieds.

-Oh… non ! exhala-t-il.

C’était un petit homme vert, d’environ soixante-quinze centimètres de haut.

-Salut, Toto, fit le petit homme vert. C’est bien la Terre ici ?

-Oh, non ! répéta Luke Devereaux. Ce n’est pas possible…

-Ah ? On dirait que si, pourtant. (Le petit homme vert éleva la main.) Une seule lune, dont les dimensions et les distances correspondent. Il n’y a qu’une seule planète dans le système à n’avoir qu’une lune, et c’est la Terre. La mienne en a deux.

-Ciel ! dit Luke (Il n’y avait qu’une seule planète dans le système solaire à avoir deux lunes, et c’était…)

-Allons, Toto, mettons les choses au point. Est-ce que c’est la Terre, oui ou non ?

Luke acquiesça faiblement.

-Bon, dit le petit homme. Voilà toujours un point d’acquis. Et maintenant, pourquoi est-ce que tu as l’air tout chose, Toto ?

-G-g-g-g… fit Luke.

-Tu te sens mal ? C’est ça, ta façon d’accueillie les visiteurs ? Tu ne vas pas m’inviter à entrer ?

-S-s-si vous voulez vous donner la peine… déclara Luke en reculant.

Parvenu à l’intérieur, le Martien regarda autour de lui, les sourcils froncés.

-Quelle piaule minable ! Est-ce que tous les Terriens vivent là-dedans ou est-ce que c’est ce qu’on appelle un taudis ? Et ce mobilier… par Argeth, c’est d’un miteux !

 

Mon avis

J’aime totalement le genre d’humour absurde dont fait preuve l’auteur dans ce court roman très inventif. Observer les réactions en chaîne provoquées par l’arrivée des Martiens, voir les gouvernements se débattre pour tenter de déterminer le pourquoi du comment, et surtout quoi faire pour s’en débarrasser (ou les supporter sans devenir maboule…) tout en se doutant bien que ça ne fonctionnera pas, a quelque chose de jouissif. Et puis, ces petits hommes verts sont VRAIMENT insupportables : je crois que Fredric Brown aurait difficilement pu imaginer pires envahisseurs.

Le côté humoristique m’a un peu fait penser au film Mars Attacks! de Tim Burton, bien que les histoires (et les Martiens) ne se ressemblent absolument pas.

En tout cas, aussi bien les Etats-Unis que la Russie en prennent pour leur grade, tout comme les organisations internationales bien intentionnées qui veulent faire oeuvre de paix. Et puis, l’auteur a une bonne dose d’auto-dérision notamment en ce qui concerne certains aspects scientifiques qui restent inexpliqués de façon très assumée.

Mais, il y a un (deux) « mais », dont un de taille. Ce roman a été écrit en 1955. La vision des femmes n’était à l’époque pas… hyper progressiste dirons-nous, bon, ça on est au courant. Les personnages féminins sont donc bien évidemment sexualisés et dévoués aux hommes. Et surtout, surtout, il y a clairement des phrases, ainsi qu’un passage entier, racistes. Ce qui pour le coup est vraiment, vraiment, vraiment problématique, et tout de suite vraiment pas drôle du tout.

Cet aspect arrive relativement tard dans le roman, et a sérieusement douché mon enthousiasme et mon envie de le recommander.

Martiens, Go Home!, Fredric Brown, Denoël, 182p.
Traduction par Alain Dorémieux
Première parution en 1955

 

Cette chronique fait partie du challenge S4F3

S4F3

7 commentaires sur “Martiens, Go Home! – Fredric Brown

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    1. Oui vaut mieux. Peut-être les autres volumes, notamment Fantômes et Farfafouilles, sont recommandables. Mais celui-ci clairement ne l’est pas. J’aurais adoré pouvoir vraiment l’aimer parce que j’adore ce type d’humour mais y’a des trucs qui passent pas, même en se disant « ça date de 1955 ».

      Aimé par 1 personne

    1. Un jour je lirai et chroniquerai probablement les autres de l’auteur vu qu’ils sont dans ma PàL. Peut-être qu’ils seront plus recommandable, là le côté raciste est vraiment vraiment présent à un moment et ça passe pas quoi.

      Aimé par 1 personne

  1. La fin n’est clairement pas la meilleure partie du livre, et je ne me souviens même pas de cet aspect raciste pour énoncer ça, c’est dire. Mais quand même, quelle idée de base absolulement géniale !
    Je conseille ses nouvelles, je trouve que c’est là qu’il est le meilleur.

    Aimé par 1 personne

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